Deux publications récentes méritent l'attention. En janvier 2026, le Comité français de l'UICN a publié son rapport sur le concept « Une seule santé ». En février, le gouvernement a dévoilé sa Stratégie Nationale pour l'Alimentation, la Nutrition et le Climat (SNANC) 2025-2030. Ces deux textes ne se répondent pas par hasard. Ils convergent vers un même constat, que les politiques publiques mettent du temps à formuler clairement : la santé humaine, la santé animale et l'état des écosystèmes forment un seul système. Les traiter séparément, c'est mal gérer chacun d'eux.
One Health : un concept scientifique devenu cadre d'action
L'approche « Une seule santé » n'est pas nouvelle. Elle émerge au début des années 2000, portée aujourd'hui conjointement par l'OMS, la FAO, l'Organisation mondiale de la santé animale et le Programme des Nations Unies pour l'environnement. Sa définition est simple : une approche intégrée qui vise à équilibrer et optimiser durablement la santé des personnes, des animaux et des écosystèmes.
Ce qui est nouveau, c'est l'accumulation des preuves et la pression réglementaire qui en découle. 75 % des maladies infectieuses émergentes sont d'origine zoonotique. 25 % des pathologies chroniques ont une origine environnementale. L'antibiorésistance, les espèces exotiques envahissantes, les perturbateurs endocriniens : chaque phénomène sanitaire majeur des dernières décennies s'explique, au moins en partie, par la dégradation des écosystèmes et l'intensification des usages humains des terres. La pandémie de Covid-19 n'a fait qu'accélérer une prise de conscience déjà documentée.
Le rapport de l'UICN le dit sans détour : notre approche sanitaire dominante reste anthropocentrique. Elle place la santé humaine au-dessus de la nature, sans lien avec elle. C'est précisément ce cloisonnement que One Health cherche à défaire.
Ce que la SNANC change pour les territoires
La Stratégie nationale pour l'alimentation, la nutrition et le climat, publiée le 11 février 2026, est le premier texte gouvernemental français à s'inscrire explicitement dans la logique One Health. Elle articule pour la première fois santé publique, transition écologique et souveraineté alimentaire dans un cadre unique, avec 4 axes et 20 objectifs à horizon 2030.
Pour les territoires, le signal le plus concret est la place accordée aux Projets Alimentaires Territoriaux (PAT). La SNANC fixe l'objectif de couvrir 80 % du territoire national par des PAT d'ici 2030. Ces projets ne sont pas des outils nutritionnels. Ce sont des outils de gouvernance territoriale qui engagent collectivités, filières agricoles et entreprises autour d'une même vision systémique : la qualité de l'alimentation locale dépend de la qualité des sols, de l'eau, des écosystèmes et, in fine, de la santé des habitants.
Des régions et des agglomérations françaises ont déjà commencé. La Nouvelle-Aquitaine, les Pays de la Loire, l'Occitanie, le département des Bouches-du-Rhône, la ville de Marseille, Lorient Agglomération : le rapport de l'UICN documente ces engagements pionniers. Ils ont en commun d'avoir refusé de traiter biodiversité, santé publique et alimentation comme trois dossiers distincts confiés à trois services différents.
Pour les entreprises : un horizon réglementaire à ne pas sous-estimer
Le rapport de l'UICN est explicite sur un point que les directions générales ont intérêt à lire attentivement : les entreprises restent aujourd'hui largement éloignées du concept One Health. Ce retard est documenté. Il ne durera pas.
La SNANC est un texte d'orientations. Les mesures contraignantes viendront avec le Programme National Nutrition Santé 5 et le Programme National pour l'Alimentation 4, attendus dans les prochains mois.
Pour les PME et ETI des filières agroalimentaires, de la distribution et de la restauration collective, les chantiers sont déjà lisibles : reformulation des produits, transparence des approvisionnements, alignement avec les repères nutritionnels, affichage environnemental. Les entreprises qui anticipent ces évolutions se positionnent favorablement dans leur relation aux donneurs d'ordre, publics et privés. Celles qui attendent subiront des ajustements plus coûteux.
Mais le périmètre dépasse largement les filières alimentaires. Toute entreprise dont l'activité dépend de ressources naturelles (eau, sols, pollinisateurs, biomasse) est exposée à des risques que One Health aide à nommer et à cartographier. La dégradation des écosystèmes n'est pas un sujet de naturaliste : c'est un facteur de fragilisation des approvisionnements, de hausse des coûts de traitement de l'eau, de pression réglementaire croissante sur les usages des terres et des intrants. Ces risques sont déjà présents dans les bilans, souvent sans être identifiés comme tels.
À cela s'ajoute la pression des marchés publics. La SNANC engage explicitement la restauration collective relevant de l'État à privilégier les circuits courts et les produits durables. Pour les fournisseurs de ces marchés, la capacité à documenter l'origine, les pratiques agricoles et l'impact environnemental de leurs produits devient un critère de sélection, pas une option de différenciation.
La question n'est donc pas de savoir si ces enjeux concernent votre entreprise. C'est de mesurer précisément où elle est exposée : dans ses approvisionnements, ses marchés, ses obligations réglementaires, et comment agir avant que ces expositions se traduisent en contraintes subies.
Penser ensemble ce qu'on a trop longtemps séparé
One Health n'est pas une posture environnementale. C'est une grille de lecture des risques sanitaires, réglementaires et économiques auxquels les territoires et les organisations sont exposés quand ils continuent de traiter la biodiversité, l'alimentation et la santé comme des sujets indépendants.
Mecoa accompagne collectivités et entreprises pour cartographier ces interdépendances, identifier les vulnérabilités concrètes et construire des feuilles de route opérationnelles. Avec LUM-Transition, nous aidons à passer du constat à l'action, sur le terrain, avec les acteurs du territoire.



