Administrateur·ice Nature : ce que la première cohorte nous a appris

Comment former sérieusement des personnes à représenter la nature dans les instances de gouvernance ?

31/3/2026
Administrateur·ice Nature : ce que la première cohorte nous a  appris

Il y a un peu plus d'un an, quand Frantz Gault et moi l'avons imaginée, une question simple guidait la conception de cette formation : comment former sérieusement des personnes à représenter la nature dans les instances de gouvernance ? Non pas à en parler, à la mentionner dans un rapport RSE ou à en faire un argument de communication — mais à la représenter, avec la rigueur que cela implique, dans les lieux où se prennent les décisions qui l'affectent.

La question n'était pas rhétorique. Elle pointait un vide réel : des dirigeants, des administrateurs, des responsables d'organisations publiques et associatives commençaient à porter cette ambition dans leurs conseils, sans disposer d'un cadre de formation structuré. Ni les sciences du vivant seules, ni le droit des sociétés seul, ni la philosophie environnementale seule ne suffisaient. Il fallait les trois... et des mises en situation pratiques.

C'est de ce constat qu'est née la formation Administrateur·ice Nature, certifiée Qualiopi, construite avec Frantz Gault, sociologue des organisations, auteur de La nature au travail et lui-même administrateur nature au conseil d'administration de Norsys depuis 2021.

Quinze pionniers, signal d'une maturité transversale

La sélection de la première cohorte était exigeante : quinze personnes, choisies sur leurs fonctions et leurs projets, âgées de 40 à 55 ans, issues de grands groupes, d'associations nationales et d'institutions publiques. Pas des convaincus de la première heure cherchant une validation intellectuelle. Des professionnels aguerris, avec des responsabilités réelles, qui voient dans ce rôle émergent une réponse à des enjeux qu'ils rencontrent dans l'exercice de leurs fonctions.

Ce profil est en lui-même un enseignement. La représentation de la nature en gouvernance n'est plus un sujet de niche porté par des militants. Elle intéresse des administrateurs, des directeurs généraux, des élus — des personnes habituées à arbitrer, à négocier, à défendre une position dans des instances où les intérêts divergent. C'est précisément là que se situe l'enjeu.

Cinq jours pour construire une posture, pas seulement une compétence

Le programme s'est articulé sur cinq journées, chacune abordant une dimension indispensable du rôle.

La première journée, animée par Frantz Gault, a posé les fondements : qu'est-ce que la nature ? comment la gouverner? Quels cadres conceptuels, quels précédents, quelle légitimité institutionnelle pour cette fonction ?

Les deuxième et troisième journées ont approfondi les enjeux scientifiques et les modèles de représentation. Comment mesurer ce qu'on prétend représenter ? Quels indicateurs - biologiques, systémiques, comptables - permettent de rendre la nature audible dans un conseil ? Et quels modèles organisationnels existent : assemblées de parties prenantes, comités de régénération, conseils des générations futures ? Ces sessions ont réuni des intervenants aux disciplines complémentaires - sciences naturelles, comptabilité environnementale, philosophie du vivant - dont Audrey Boehly, Dorothée Browaeys et Antoine Cadi.

La quatrième journée a permis une immersion dans l'expérience pionnière de l'entreprise Norsys, qui a intégré la représentation de la nature à son conseil d'administration avec un droit de vote effectif. Pas un cas d'école théorique : une organisation réelle, avec ses arbitrages, ses tensions, ses apprentissages.

La cinquième et dernière journée a permis d'aborder ce qui reste souvent le point aveugle des formations en gouvernance : la posture. Comment se comporter dans un CA quand on y représente la Nature ? Comment construire des alliances, faire entendre une position, naviguer dans une négociation sans perdre de vue ce qu'on représente ? Cette journée a mis les participants en situation, avec des outils issus de la négociation complexe.  

Ce que ça change pour une entreprise ou une collectivité

La clôture de cette première session a généré quelque chose d'inattendu dans son ampleur : des sollicitations.

Des entreprises et des collectivités qui demandent quand aura lieu la prochaine session. Ce n'est pas anodin. Cela signifie que le sujet a franchi un seuil.

Pour un.e dirigeant.e ou un.e élu.e qui lit ces lignes, la question pratique est simple : est-ce que mon organisation est prête à intégrer ce type de compétence dans ses instances ? Pas nécessairement en créant un poste d'administrateur nature du jour au lendemain — mais en identifiant les profils qui pourraient porter cette dimension, en anticipant les évolutions réglementaires qui rendent cette gouvernance de plus en plus pertinente, en commençant par cartographier les dépendances réelles de l'organisation vis-à-vis du vivant.

Combiner au Diag Mecoa nous l'entreprise peut poser les bases d'une lecture honnête des impacts et des expositions, avant d'engager une démarche de transformation, y compris celle de la gouvernance.
La prochaine session est en préparation. Et vous ?

Les quinze membres de cette première cohorte rejoignent la communauté Vivøices : un espace d'échange, de ressources scientifiques et d'outils pratiques pour continuer à progresser dans l'exercice de ce rôle après la formation.

Une deuxième session est déjà en préparation. Vous êtes intéressé ?