Coût Environnemental : trois ans pour un score

28/5/2026
Coût Environnemental : trois ans pour un score

En avril 2026, E.Leclerc est devenu le premier distributeur français à afficher le Coût Environnemental sur l'ensemble des produits alimentaires de ses marques propres — soit 6 000 références, disponibles sur son site, son drive, et progressivement sur les étiquettes électroniques en magasin. Un geste pionnier, salué comme tel.

Scamark, l'entité du groupe en charge des marques propres, avait commencé à construire l'infrastructure de données nécessaire dès 2023.

Trois ans de travail préalable pour un affichage. C'est la leçon que les entreprises des secteurs encore non couverts devraient retenir dès maintenant.

Un "prix pour la planète" : ce que mesure vraiment le Coût Environnemental  

Le Coût Environnemental est l'indicateur officiel d'affichage environnemental prévu par l'article 2 de la loi Climat et Résilience de 2021. Porté par le Ministère de la Transition Écologique et l'ADEME. Il traduit l'impact global d'un produit en un score unique exprimé en points d'impact : plus le score est élevé, plus l'empreinte sur la planète est lourde.

Sa particularité est d'aller bien au-delà du carbone. Il repose sur 16 indicateurs environnementaux reconnus au niveau européen dans le cadre du Product Environmental Footprint (PEF) : émissions de gaz à effet de serre, consommation d'eau, impacts sur la biodiversité terrestre et aquatique, acidification, eutrophisation, épuisement des ressources fossiles, entre autres. L'intégralité du cycle de vie est couverte, de la production des matières premières à la distribution, en passant par la transformation et les emballages.

Pour les produits alimentaires, la méthode va plus loin encore. Cinq indicateurs supplémentaires, spécifiques au secteur, mesurent les services écosystémiques rendus par les pratiques agricoles : présence de haies, prairies permanentes, taille des parcelles, diversité territoriale des cultures, équilibre entre productions animale et végétale. Ces bonus, qui valorisent les systèmes extensifs et l'agriculture biologique, peuvent représenter jusqu'à 30 % du score final, ce qui en fait un levier concret d'éco-conception pour les filières agricoles.

Un calendrier réglementaire qui avance secteur par secteur  

Le dispositif se déploie progressivement. Le décret n° 2025-957 du 6 septembre 2025, publié au Journal officiel le 9 septembre, a officialisé l'affichage environnemental textile, avec une entrée en vigueur au 1er octobre 2025. L'affichage est volontaire mais strictement encadré : un portail de déclaration est ouvert, et à partir d'octobre 2026, toute entreprise n'ayant pas déposé le score de ses produits s'expose à ce que n'importe quel tiers le calcule et le publie à sa place.

Pour l'alimentaire, la méthode a été officiellement stabilisée début 2026 après une consultation technique. Le décret d'application est en préparation. Pour l'ameublement et les cosmétiques, les travaux méthodologiques sont en cours et la mise en œuvre obligatoire est attendue à partir de 2027.

Un signal transversal mérite attention : dès le 22 août 2026, la loi Climat et Résilience rend le critère environnemental obligatoire dans tous les marchés publics. Tout fournisseur d'une collectivité, d'un établissement public ou d'un acheteur soumis au code de la commande publique sera concerné, indépendamment de son secteur d'activité.

Ce que l'expérience Scamark enseigne aux acteurs qui n'y sont pas encore  

Le déploiement d'E.Leclerc est instructif précisément parce qu'il est intervenu avant toute obligation réglementaire en alimentaire. Le Directeur Qualité et RSE de Scamark, explique que la maîtrise des méthodologies de calcul et la structuration préalable des données fournisseurs ont été la condition de confiance pour déployer à cette échelle. Sans le travail de fond engagé en 2023 (cartographie des fournisseurs de rangs 1, 2 et 3, modélisation des recettes, collecte de données d'origine), le déploiement de 2026 n'aurait pas été possible.

La leçon n'est pas réservée aux distributeurs de la taille d'E.Leclerc. Elle vaut pour toute PME ou ETI qui fournit la grande distribution, les marchés publics ou les filières soumises à affichage obligatoire : la contrainte réglementaire ne se prépare pas à partir du décret. Elle se prépare à partir de la donnée. Et la donnée prend du temps à rassembler, à fiabiliser, à faire remonter des fournisseurs.

Par où commencer ?  

La première étape n'est pas de calculer un score. C'est d'évaluer ce qu'on sait et ce qu'on ignore sur ses propres produits et sa chaîne d'approvisionnement. Quels fournisseurs sont documentés ? À quel niveau de la chaîne ? Quelles données manquent ? Combien de temps faudra-t-il pour les obtenir ?

Les entreprises doivent établir une cartographie honnête de la maturité face aux exigences d'affichage environnemental, identifier les priorités d'action et estimer un délai réaliste de mise en conformité, avant que l'obligation n'arrive.